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MAZOUGHOU GOEPOGUI : « Le développement personnel a profondément changé ma vie »

6 septembre 2017
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MAZOUGHOU GOEPOGUI : « Le développement personnel a profondément changé ma vie »

Professeur d’électronique et d’informatique industrielle dans les universités guinéennes, MAZOUGHOU GOEPOGUI est passionné par l’entrepreneuriat et le développement personnel. Il a fondé et dirige son entreprise depuis quelques années. Magoe Technologie, son entreprise est spécialisée dans l’électronique, l’informatique industrielle, la programmation robotique, domotique et automatique. Il intervient dans le domaine de l’éducation et le développement de la jeunesse en que motivateur. Diplômé en Physique des corps solides de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry depuis 2007. Il est de la 43èmepromotion. Pour son nouveau numéro d’Entretien avec un acteur du numérique, YitereTech a rencontré ce monsieur passionné de développement personnel et de l’électronique. Il nous en parle…

2.     Vous êtes passionné de l’électronique, d’où vient votre passion et quel constat faite vous de l’évolution de celle-ci en Guinée ?

En fait depuis mon jeune âge, je n’ai jamais voulu qu’un travail effectué par un être humain me soit étrange. Fondamentalement voici ce qui explique ma passion pour l’électronique. L’autre raison est d’ordre économique. L’électronique est un domaine en plein essors et qui fait aussi beaucoup de victimes (le chômage). Elle est en train de faire remplacer l’Homme par des machines dans beaucoup de domaines. Donc, pour moi, si nous ne voulons pas être la prochaine victime, nous devons être impérativement acteur et non spectateur. En plus, l’électronique libère l’Homme des travaux pénibles, répétitifs ou dangereux. Pour le cas de la Guinée, le domaine est presque méconnu du grand public, y compris le milieu universitaire. La preuve, beaucoup me considère comme un bon électronicien. Pourtant, comparé aux autres pays comme le Nigéria, le Ghana, l’Angola…, il me semble que je suis d’abord à l’état fœtus en matière d’électronique.

3.     Vous donnez des formations de développement personnel, d’où tenez vous votre inspiration et que recommandez-vous aux jeunes dans votre enseignement ?

L’origine de mon inspiration n’est autre que le taux de chômage qui croît du jour au jour. J’ai comme l’impression que nous formons pour l’échec et le chômage. Si vous formez 10 personnes et que 8 se retrouvent au chômage, cela signifie que vous avez enseigné le chômage et non la réussite. Sinon je ne peux pas comprendre que vous enseigner une chose et que vous obtenez le contraire. Peut-être que vous avez enseigné le contraire sans vous rendre compte. Chez nous en Guinée, on commet plusieurs erreurs dans l’enseignement :

  1. On apprend comment acquérir les connaissances et non comment les appliquer. « Une connaissance est inutile si elle n’est pas pratiquée ».
  2. On apprend comment chercher quelqu’un pour mettre en valeur nos potentiels et non comment valoriser nos potentiels ;
  3. On apprend comment retenir et non comment réfléchir. Pourtant, selon Albert Einstein, le cerveau n’est pas fait pour retenir mais pour réfléchir. La preuve, lorsque que vous bichez une leçon, un mois après vous oubliez. Alors pourquoi acquérir une connaissance qui est prête à disparaître bientôt ;
  4. On apprend comment mettre la société à son service et non comment se mettre au service de la société. « Pourtant la grandeur d’un homme n’est pas liée au nombre de personnes qui sont à son service, mais au nombre de personnes à qui il rend service ».
  5. On apprend comment pleurer devant un problème et non comment trouver les solutions à un problème ;
  6. On apprend comment accuser les autres quand les choses tournent mal et non comment se responsabiliser pour faire face à une situation désagréable.

En résumé ce que j’enseigne aux étudiants le voici :

  1. Chaque être humain est venu sur cette terre avec un don. Chacun a un génie en lui. Mais le plus souvent, ce géni est timide, il ne se réveille que devant les situations difficiles. Donc si vous avez des problèmes, comprenez que l’occasion s’est présentée pour réveiller le génie qui sommeille en vous. Alors ne vous lamentez pas, ne critiquez pas, ne vous excusez, ne transférez pas votre problème à une tierce personne ; mais faites face au problème et vous verrez que vous êtes plus grand que ce que vous pensiez. « Ô les croyant cherchez le salut dans l’endurance et les épreuves, car Dieu est avec ceux qui sont endurants », a dit le Prophète Mohamed, paix et salut sur lui ;
  2. Les raisons que vous évoquez pour expliquer votre malheur ne font rien d’autres que vous entretenir dans ce malheur. Alors, le mauvais est mauvais, il n’est ni à expliquer ni à justifier ; il est à changer ;
  3. Trouver le moyen de servir le plus grand nombre de personnes car c’est en servant plus de personnes que vous parviendrez à la grandeur

    4. Etant enseignant chercheur et confronté aux difficultés de l’enseignement, à votre avis qu’est-ce qu’il faut pour rehausser le système éducatif guinéen ?

Les difficultés, oui ça existe certes, mais pour moi un bon enseignant doit enseigner comment faire ce qui est difficile et non ce qui est facile. La facilité n’a pas besoin d’être enseigné, puisque tout sais le faire. Donc si on dit enseignant, c’est par rapport aux difficultés. Malheureusement, nous, nous enseignons comment pleurer et non comment agir. « Ça ne va pas » ne doit pas exister dans le dictionnaire d’un enseignant. Pour changer l’image du système éducatif, il faut :

  1. Que les enseignants prennent conscience de leur responsabilité. L’avenir d’un pays ne se construit pas dans la politique mais à l’école. Si nous voulons avoir de bons présidents, de bons ministres, de bons directeurs ; nous devons semer la bonne graine. Vous formez mal quelqu’un, demain la loi de probabilité fait de lui ministre de l’éducation, et vous êtes surpris quand il détourne les fonds alloués à l’éducation. Je pense qu’il faut être naïf pour être surpris : tu ne peux pas semer le fonio et espérer récolter le maïs à sa place. Alors pour moi, ce n’est pas en faisant la grève ou en critiquant que les enseignants seront bien payés ou que les écoles et universités seront modernes, mais c’est en étant sérieux.
  1. Que les apprenants comprennent qu’ils ne vont pas à l’école pour faire passer du temps mais pour acquérir une compétence qui les servira.
    1. L’infrastructure, c’est bon, mais c’est pour le fondateur ou l’Etat, vous allez le laisser partir après vos études.
    2. Les notes de complaisance, c’est bon à court terme, mais c’est pour l’enseignant qui te l’a offert. Elle ne servira à rien après tes études
    3. Le sport, les jeux, les kermesses, les événements culturels ; tout ça c’est bon, mais le bonheur que ça procure est éphémère
    4. Ce qui est le plus précieux, c’est la compétence acquise.

Quand il s’agit de compétence, les apprenants doivent être exigeant avec eux-mêmes ensuite avec leurs encadreurs.

 5. Les rues de Conakry sont remplies de jeunes chômeurs. Selon vous, ce chômage se justifie-t-il par faute d’entreprendre ou par manque de formation ?

Les deux. A signaler aussi que la presse joue un grand rôle dans la promotion du chômage. 90% des informations sont focalisées sur les crises. Pourtant, il y a d’énormes potentialités qui ne sont pas explorées. Bon ! Tout compte fait je l’accuse pas puisqu’elle doit vivre, et pour vivre il faut dire ce que les gens aiment entendre : il est plus facile de critiquer que de voir les opportunités. La preuve est que les journaux satiriques sont plus achetés que tout autre type de journal. Ce que les gens oublient, ce que, plus ils écoutent des informations négatives plus ils effrayent le timide génie qui est en eux.

6.     En ce temps d’ouverture des écoles, plusieurs bacheliers peinent à s’orienter dans les filières, que leur conseillez-vous ?

Je conseille ce qui suit :

  1. Ne pas avoir la formation comme objectif, mais ce que tu fais de la formation. Ce n’est pas la filière qui importe dans la réussite mais ce qui est prévu. Chacun doit donc définir exactement ce qu’il veut avoir, ce qu’il veut être, ce qu’il veut faire, où il veut vivre après la formation.
  2. Ensuite choisir le métier (la filière) qui lui permettra d’atteindre son objectif. Pour ce choix, il doit non  seulement prendre conseil auprès de ses aînés en la matière, mais aussi et surtout tenir compte de sa passion
    7.  Parlez-nous de vos projets et quel sont vos objectifs pour la jeunesse ?

Mon projet qui me tient le plus à cœur, ça va vous faire rire peut-être, mais je suis sincère : c’est d’être l’esclave de tous les guinéens, ensuite de tous les africains et en fin de tout le monde. « Quiconque veut être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave », a dit Jésus dans Mathieu 20 : 27. Bill Gates, Steeve  Job, Mark Zuckerberg et tant d’autres sont aujourd’hui considérés comme des poids lourds de l’économie mondiale, mais ils sont tous des esclaves, ils ont trouvé le moyen de se mettre au service du monde entier. En résumé, mon projet est que la connaissance, l’apprentissage soit accessible à tous, quel que soit le lieu et quel que soit la nationalité. Dieu merci aujourd’hui, en plus des étudiants de la Guinée, j’encadre actuellement des étudiants à Madagascar et des hommes de métier au Mali Mon projet pour la jeunesse, c’est de faire de cette coche sociale, une couche active et non une couche passive. La jeunesse doit sortie de la passivité afin de cesser d’être utilisée comme un fusil.

« La jeunesse est l’avenir du pays » n’est pas un bon slogan. C’est maintenant qu’il faut agir, pas demain. Mais ce n’est pas avec des jets de pierres, ou en imposant sa volonté aux autres, c’est en découvrant les potentiels qui sommeillent en nous afin de les mettre au service de la société. Pour y arriver, le meilleur moyen, c’est l’éducation.

 

8. Egalement passionné du développement personnel, selon vous est-ce l’élément clé de la réussite ?

Oui, et mille fois oui. Ma personne est une preuve. Fils de pauvres paysans, villageois jusqu’au os, aujourd’hui je refuse des emplois où je peux toucher au moins 10.000.000GNF par mois. Ensuite je suis fier d’être à la tête d’une entreprise (Magoé) qui n’est pas certes grande mais qui, je le sais, est sur la voie de la grandeur. J’ai aussi découvert que les principes enseignés en développement personnel sont les mêmes principes enseigné dans toutes les religions. Malheureusement, dans les religions le vrai fondement, les réalités, les principes du succès individuel sont souvent étouffés par le dogme. Conséquence :

  1. Au lieu que le religieux soit un acteur de la paix, il devient un acteur de la guerre.
  2. Au lieu que le religieux soit un acteur de la non-violence, il devient un acteur de la violence
  3. Au lieu que le religieux soit un acteur de la tolérance, il devient un acteur de l’intolérance
  4. Au lieu que le religieux soit un acteur de l’union, il devient un acteur de la division

En résumé, le développement personnel a profondément changé ma vie : sur le plan économique, sur le plus spirituel, sur le plan familial, sur le plan social. A travers le développement personnel, j’ai découvert que la BIBLE et le CORAN sont des universités qui chôment ; et c’est pourquoi, chaque matin, je lis le coran et la bible avant de sortir de chez moi.

9. Avant de terminer, un mot pour la jeunesse guinéenne ?

A la jeunesse guinéenne, je veux dire ceux-ci :

  1. Ne demandez pas ce que le pays peut faire pour vous, mais demandez plutôt ce que vous pouvez faire pour le pays
  2. Ne perdez pas du temps à penser à ce qui ne marche pas, pensez plutôt à ce qui peut être fait pour que les choses soient meilleures.
  3. N’attendez pas un changement d’environnement pour agir, mais faites en sorte que l’environnement puisse changer par vos actions
  4. Ne perdez pas une seule seconde à critiquer quelqu’un. Ceux dont vous critiquez aujourd’hui était exactement comme vous hier, ils étaient exactement dans la même position, ils avaient exactement les mêmes attitudes que vous (critiques). Aujourd’hui, ils sont aux affaires mais ils peuvent rien, car ils n’ont appris que les critiques, étant donné qu’on ne peut pas construire un pays dans les critiques. Alors ne commettez pas les mêmes erreurs.

Merci pour l’estime.

Interview réalisé par Mamadou Mouslim Diallo


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