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Eliane Paule Meubeukui : « J’utilise le web pour l’essentiel de mes activités »

12 juin 2017
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Eliane Paule Meubeukui : « J’utilise le web pour l’essentiel de mes activités »




Eliane Paule Meubeukui est une activiste, communicante et entrepreneure camerounaise. Elle intervient dans les domaines de la politique publique, de l’éducation, des droits humains et de la paix… Depuis, huit ans elle s’intéresse aux questions et aux initiatives de la jeunesse. Fonctionnaire au ministre de la Communication de son pays et promotrice de MIR CONSULTING, un cabinet spécialisé dans l’élaboration de stratégies de communication, elle apporte sa contribution au bien-être des enfants, des femmes et des jeunes par la mise en œuvre de programmes et actions visant à faciliter leur développement. Pour son nouveau numéro d’Entretien avec un acteur du numérique, YitereTech a tendu son micro à cette jeune femme qui avoue se servir du web dans l’exécution de la plupart de ses activités…

YitereTech : Bonjour Eliane Paule MEUBEUKUI, parlez-nous de votre parcours académiques et professionnel ?

Eliane Paule Meubeukui : Je suis titulaire d’un Master en Communication à l’Université de Huanzong dans la région de Wuhan (Chine) grâce à la bourse Grande Muraille de Chine de L’UNESCO. Je suis actuellement étudiante en Master 1 de Sciences politiques spécialité Relations internationales à l’Université de Douala (Cameroun). Cette formation est très passionnante parce que j’arrive à saisir les enjeux autour des acteurs de développement et les challenges auxquels font face les différents États dans le monde.




Je suis également fonctionnaire au ministère de la Communication du Cameroun en service à la délégation régionale du sud-ouest en zone anglophone. Je tiens à souligner que j’avais eu l’information du concours direct de ce recrutement au cours d’une formation en communication évènementielle. Cette formation était donnée par une bénévole française envoyée par l’ONG Planète Urgence. A l’époque, j’étais guide touristique et famille d’accueil dans la région de l’ouest au sein du GIC AGROTOUR.

J’ai été vice-présidente du Réseau panafricain des jeunes pour l’éducation à la paix. C’est une organisation parrainée par l’UNESCO. Mon rêve est d’ouvrir un centre de « seconde chance » pour réinsérer les ex-détenus, les jeunes déscolarisés et accueillir les femmes victimes de violences conjugales. Je me définis désormais comme une entrepreneure sociale. C’est pourquoi, je suis la promotrice du cabinet MIR CONSULTING, spécialisé dans l’élaboration de stratégies de communication. Nos activités connexes sont le marketing digital et l’accompagnement à la struturation des organisations de la société civile, créées et dirigées par les jeunes ou les femmes.

Je suis engagée dans la sociéte civile dépuis plus de 8 ans. Jeune leader africaine, mes combats sont des plaidoyers pour la réinsertion des ex-detenus, le dialogue interreligieux, l’éducation à la paix et aux droits de l’homme, la citoyenneté active et l’engagement politique des jeunes et des femmes.

Comment est née votre passion pour le web ?

Ma passion est née dans les années 2000. A l’epoque, j’observais l’ouverture des salles que l’on nommait cyber café. Grande curieuse que je suis, je zappais souvent les cours au lycée pour aller me connecter dans une salle et découvrir cette affaire qui permettant de discuter avec des inconnus à travers le monde. Au lycée Bilingue de Deido à Douala (Région du Littoral), à l’époque, notre enseignant d’informatique nous parlait de Google. Il disait : « Si vous cherchez n’importe quelle information demander à google ». Ensuite, l’étape de l’université est arrivée. Nos enseignants nous ont interdit internet, prétextant que c’est trop facile, dangereux et pas toujours vrai. Ce nouveau discours me démotive un peu et j’abandonne (provisoirement).

En 2014, je suis sélectionnée à une formation sur la participation des blogueurs dans l’éducation à la démocratie et la bonne gouvernance. A cette époque, je n’étais pas blogueuse. Mon profil de communicatrice et de jeune leader travaillant sur la question m’a permis de traverser les mailles du jury de sélection. Ce fut un moment magnifique. J’ai compris comment le web peut influencer et changer les situations. La passion renaît là. Je suis avertis et je comprends comment il faut utiliser cet outil dit dangeureux.

J’arrive en Chine en 2015. Je comprends qu’internet règle beaucoup de choses et fait vivre des milliers de personnes, car certaines multi-nationales, désormais, communiquent en grande partie sur internet. Les jeunes chinois sont « in love » avec leurs smartphones. Les informations universitaires passent sur internet via leurs applications internes. On achète on vend via internet…En fin d’études, je rédige des articles de recherches sur internet et son paradigme dans la modification de la théorie de la Spirale du Silence.

L’étape crutiale fut l’assassinat de cette petite enfant de 3 ans à Douala, qui a été égorgée. Cette affaire m’a choquée à tel point que j’ai réalisé une vidéo pour la diffuser sur Facebook. Mais peu après, le réseau social Facebook est bloqué en Chine. Je découvre alors l’outil VPN qui permet de contourner ce blocage. Aujourd’hui, j’utilise le web pour l’essentiel de mes activités. En plus, les organisations internationales demandent toujours dans leur formulaire d’indiquer nos comptes sur les réseaux sociaux.

Comment avez-vous vécu la récente coupure d’internet dans la partie anglophone du Cameroun ?

Cent jours sans internet, c’était l’enfer ! Je pensais aux startups et leurs business. Ces jeunes camerounais qui ont les réseaux sociaux comme comptoir pour leurs activités. Ces familles qui vivent grâces aux transferts d’argent des proches vivant hors des régions anglophones et à l’étrange… C’était très difficile. Mais, il y avait une raison d’État. Fallait trouver une solution pour stopper l’hémorragie et protéger l’image du Cameroun. Cette destination propice pour les investissements.

Quelle place occupent les femmes dans le secteur du numérique au Cameroun ?

Mme Minette Libom Li Likeng, la ministre de l’Économie numérique, est un exemple brillant de la place de la femme dans le secteur du numérique au Cameroun. Elle est la première femme à être ministre des Postes et télécommunications du Cameroun. Elle est aussi l’unique femme à diriger la Direction générale au ministère des Finances. Ses 13 années à la tête de la très importante direction générale des Douanes ont été marquées par des reformes tendant à numériser les procédures.

Elle a d’abord mis en place le logiciel Sydonia (système douanier automatisé) qui réduit les opérations manuelles et les points de contrôle, avant d’introduire en 2009 Nexus+, une application qui permet la gestion du transit vers les pays voisins. Des innovations ayant contribué à exploser les recettes, allant au-delà des 110% de taux de réalisation. A 56 ans, elle a gravi tous les échelons dans son corps d’origine, de son poste d’inspectrice de visite au bureau principal de Yaoundé Gare, à celui de cheffe de division de la législation et du contentieux à partir de 2002, qu’elle cumule avec l’intérim du directeur des douanes. À la suite de Madame le Ministre, les femmes se suivent ; compétentes les unes après les autres. Je pourrais citer ici Mme Rebecca Enonchong. Elle a été cheffe de file de la camapagne #BringBackOurInternet, durant la coupure dans les zones anglophones. Pour cette dame, le développement passe par les TIC.

Classée parmi les 50 femmes les plus influentes dans les technologies en Afrique, Rebecca E. Enonchong est fondatrice et PDG du groupe AppsTech, une entreprise multinationale informatique, spécialisée dans les logiciels pour entreprises. Avec des bureaux sur trois continents, AppsTech compte des clients dans les secteurs public et privé dans plus de 50 pays. Avant de créer AppsTech, Madame Enonchong a travaillé pour des organismes tels que Oracle Corporation, premier éditeur mondial des logiciels pour entreprises, la Banque Interaméricaine de Développement (IADB) et comme consultante indépendante pour une clientèle multinationale. Elle a également été cadre financier pour Atlantic Companies, Washington Business Group, la chaine hôtelière Hyatt et pour l’homme d’affaires saoudien Cheikh Mohamed Al-Amoudi. Née au Cameroun, Madame Enonchong est fondatrice et présidente de Africa Technology Forum, ONG dédiée à l’avancement de la technologie en Afrique.

Membre du Global ICT Task Force des Nations-Unis, elle est aussi membre du comité consultatif pour la fracture numérique d’Unifem (UN Women). Dans le but de soutenir les jeunes entrepreneurs, Rebecca Enonchong est actuellement mentor de plusieurs start-up technologiques africaines. Elle est cofondatrice et présidente du conseil d’administration de ActivSpaces (African Center for Technology Innovation and Ventures). Elle siège également au conseil d’administration de Venture Capital for Africa (VC4Africa), une communauté internet dédiée aux investisseurs et entrepreneurs pour l’Afrique. Ces exemples illustrent suffisamment la place que la femme camerounaise occupe dans ce secteur.

Quelles sont vos sources de motivations ?




Mon investissement dans le développement de mon cabinet de consultance et d’expertise en communication et marketing digital est ma principale source de motivation. Le monde change, la technologie avec. J’ai l’obligation de suivre la concurrence pour me maintenir dans cet écosystème des métiers de la communication et du journalisme tout en intégrant ces nouveaux outils technologiques qui s’imposent dans nos stratégies. Ces dames citées ci-haut sont mes sources de motivations. J’ai eu l’opportunité de discuter avec elles à diverses occasions sur leur travail, leur vision, l’audace et les stratégies qu’elles déploient pour intégrer davantage les femmes.

Quelles sont vos perspectives dans le numérique à moins et long terme ?

À moyen terme, je souhaite organiser des formations certifiantes pour les communicateurs professionnels, les étudiants en communication et journalisme afin qu’ils aient un profil qui intègre les exigences du moment dans ce domaine d’activité. À long terme, je rêve ouvrir une section universitaire dans le centre cité plus haut. Cette formation sera sanctionnée par un BTS (Brévet d’Etude Technique Supérieure) pour des profils prêts à l’emploi dans les domaines du Marketing digital, community manager, webdesigner, bloggeurs et web-activistes sur des questions de démocratie, droit de l’homme et éducation populaire.

Votre mot de la fin…

Je me souhaite bonne santé pour être en mesure de réaliser mes rêves et atteindre mes objectifs dans la redynamisation du quatrième pouvoir au Cameroun et sur le continent africain. Je vous souhaite aussi bon courage dans le travail d’information que vous faites. Je vous remercie.

Entretien réalisé par Adama Hawa Sow (@Hawadams)




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